HUB Prépas et littéraires - Recueil de citations Antiquité : l’harmonie du corps

Homère, Fragments, IXe s. av. J.-­C.

« Un esprit sain dans un corps robuste. »

Poète grec né à la fin du VIIIe siècle av. J.-­‐C., auteur de L’Iliade et l’Odyssée, Homère définit ici un état d’équilibre de la nature humaine qui sera repris par de grands courants philosophiques dans l’Antiquité, comme le stoïcisme et l’épicurisme. Térence dira « un esprit sain dans un corps sain. » Homère insiste sur la force corporelle, qui est un élément de la figure héroïque.

Thalès de Milet, Sentences et maximes, VIe s. av. J.-­C.

« Que faut-­il pour être heureux ? Un corps sain, une honnête aisance, un esprit éclairé. »

Le philosophe reprend la même thématique que celle d’Homère, en ajoutant une dimension morale et intellectuelle, capable de réaliser l’équilibre de l’être humain.

Euripide, Les suppliantes, Ve s. av. J.-­C.

« Le corps, ce n’est pas un bien qui nous appartienne en propre, c’est un domicile passager que nous habitons dans notre vie. »

Le dramaturge rappelle un topos de la pensée antique : l’idée que l’esprit est logé dans le corps et le dirige sans en être le propriétaire. Le corps n’est pas un objet créé par l’homme, qui n’a donc pas le droit de la détruire. L’esprit anime la matière, l’habite tel un souffle. Mais il prend aussi conscience de la finitude de l’existence humaine.

Hippocrate, Aphorismes, -­IVe siècle

« L’homme doit harmoniser l’esprit et le corps. »

Le premier médecin scientifique reprend l’idée ancienne de l’équilibre intérieur pas une harmonie commune des deux dimensions de l’être humain.

Platon, La République, IVème siècle

« L’âme ne raisonne jamais mieux que quand elle s’isole le plus complètement en elle-­même, en envoyant promener le corps »

Platon sépare radicalement l’âme et le corps, et leurs domaines respectifs, l’intelligible et le sensible à un monde d’illusions. La supériorité de l’âme se manifeste par l’expression triviale « envoyer promener » ; la tâche du philosophe est de se séparer su sensible, sortir de la caverne, selon l’allégorie du même nom.

Aristote, Ethique à Nicomaque, IX, 8

« L’amitié est comme une âme dans deux corps. »

Le philosophe idéalise l’amitié, en définissant le sentiment comme la fusion d’âmes sœurs, ce qui permet une union intellectuelle et spirituelle. Cela peut faire penser aux pages célèbres de Montaigne sur La Boétie : « parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

Ménandre, Fragments, IVe s. av. J.-­C.

« Un beau corps avec une mauvaise âme, c’est un beau navire avec un mauvais pilote. »

La métaphore du pilote et du navire est traditionnelle, et se trouve déjà chez Aristote. L’intérêt de cette citation du poète Ménandre est de la reprendre ici en opposant l’apparence extérieure et la réalité intérieure, alors que dans la pensée grecque il y a généralement une corrélation très grande entre les deux.

Epicure, Lettre à Hérodote, IIIe siècle av. J.-­C.

« Les principes indivisibles sont de toute nécessité les substances des corps »

Le philosophe fondateur de l’épicurisme, héritier de Démocrite, affirme ici l’atomisme. L’atome (a-­‐tomos) signifie étymologique « non sécable », indivisible ; il est dès le IIIème siècle avant J.-­‐C. affirmé comme étant l’unité constitutive des corps.

Lucrèce, De la nature, 1er siècle av. J.-­C.

« Notre corps est l’enveloppe de l’âme, qui, de son côté, en est la gardienne et la protectrice. »

Le philosophe épicurien ait un exposé de la doctrine d’Epicure dans son long poème philosophique. Il associe dans cette citation étroitement l’âme et le corps, qui ne sont pas des entités distinctes et de nature hétérogène. L’âme, selon le matérialisme d’Epicure, est corporelle.

Sénèque, Fragments, 1er siècle.

« Les maladies de l’esprit sont plus difficiles à guérir que celles du corps. »

Philosophe, dramaturge et homme d’État romain né vers 4 av. Jésus-­‐Christ, Sénèque propage le stoïcisme à Rome et ce fragment rappelle la maîtrise des passions qui est au cœur de la morale stoïcienne. La passion, maladie de l’âme, fait des ravages sur l’état psychique, alors que le corps est régi par une nature organisée.

Marc Aurèle, Pensées, livre II, § XVII.

« La durée de la vie humaine est un point ; la matière, un flux perpétuel ; la sensation, un phénomène obscur ; la réunion des parties du corps, une masse corruptible ; l’âme, un tourbillon ; le sort, une énigme ; la réputation, une chose sans jugement. Pour le dire en somme, du corps, tout est fleuve qui coule ; tout est songe et fumée ; la vie, c’est une guerre, une halte de voyageur ; la renommée posthume, c’est l’oubli. Qu’est-­ce donc qui peut nous servir de guide ? Une chose, et une seule, la philosophie. »

Le philosophe s’interroge sur les repères que l’homme peut trouver en cette vie. Il passe en revue tous les aspects de l’être, pour en venir à trouver dans la philosophie une stabilité. Le corps est décrit comme un agrégat voué à la dégénérescence. La métaphore de l’écoulement de l’eau figure l’instabilité du sensible. Seule la raison est un repère inébranlable.
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