Préparer le concours Prépa - Recueil de citations ÉPOQUE CONTEMPORAINE : L’ANIMAL- ÊTRE SENSIBLE

Condillac, Traité des animaux, 1755

« La bête n’a pas dans sa nature de quoi devenir homme, comme l’Ange n’a pas dans sa nature de quoi devenir Dieu. […] Dans les bêtes, l’entendement et la volonté ne comprennent que les opérations dont leur âme se fait une habitude ; dans l’homme, ces facultés s’étendent. »

Commentaire : Condillac délimite ici les capacités de l’homme et de l’animal. D’un côté, il reconnaît à l’animal une part d’entendement et de volonté, contrairement à la tradition rationaliste, qui en faisait l’apanage de l’homme. Ainsi, l’animal serait capable de communiquer et d’avoir une certaine intelligence. Néanmoins, l’animal est plus limité que l’homme dans l’exercice qu’il peut faire de ces facultés. Ce n’est pas tant une différence de nature que de potentiel qui différencie l’homme et l’animal.

Condillac, Traité des animaux, 1755

« Les bêtes n’ont aucun moyen pour se faire une idée du juste et de l’injuste. »

Commentaire : Le philosophe affirme de nouveau ici les l’infériorité de l’animal par rapport à l’homme sur le plan de la morale ; Les notions du juste et de l’injuste sont des attributs spécifiquement humains. Dès l’Antiquité, le mythe de Prométhée mentionnait le don de Zeus aux hommes, qui consistait à leur donner le sens de la pudeur.

Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1ère partie, 1755

« Tout animal a des idées puisqu’il a des sens, il combine même ses idées jusqu’à un certain point, et l’homme ne diffère à cet égard de la bête que du plus au moins. Quelques philosophes ont même avancé qu’il y a plus de différence de tel homme à tel homme que de tel homme à telle bête ; ce n’est donc pas tant l’entendement qui fait parmi les animaux la distinction spécifique de l’homme que sa qualité d’agent libre. La nature commande à tout animal, et la bête obéit. L’homme éprouve la même impression, mais il se reconnaît libre d’acquiescer, ou de résister ; et c’est surtout dans la conscience de cette liberté que se montre la spiritualité de son âme . »

Commentaire : Rousseau relie l’homme et l’animal par le biais de la sensibilité. Il se réfère directement à Montaigne comme argument d’autorité, pour rappeler leur commune nature. Néanmoins, la différence vient de la liberté de l’homme par rapport au déterminisme animal. Plus que la raison, c’est la possibilité de choisir qui est l’apanage de l’homme.

Rousseau, Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes, 1755

« J’ose presque dire que l’état de réflexion est un état contre nature et que l’homme qui médite est un animal dépravé. »

Commentaire : Citation bien paradoxale pour un philosophe. Il faut peut-être la comprendre dans un contexte où l’état de nature est valorisé par rapport à l’état social. A l’origine, l’homme était innocent, Mais il s’est dépravé en rejoignant la société. A ce titre, c’est un animal dénaturé.

Rousseau, Émile, IV, 1762

« Le tableau de la nature ne m’offrait qu’harmonie et proportions, celui du genre humain ne m’offre que confusion, désordre ! Le concert règne entre les éléments, et les hommes sont dans le chaos ! Les animaux sont heureux, leur roi seul est misérable ! »

Commentaire : Le philosophe met en balance la nature d’un côté et la société de l’autre. L’homme à l’état social a bien perdu l’innocence de l’état de nature. Cela se manifeste par l’opposition entre l’ordre de la nature et le désordre des passions humaines.

Fénelon, Les Aventures de Télémaque, 1699

« L’homme seul, malgré sa raison, fait ce que les animaux sans raison ne firent jamais. »

Commentaire : Fénelon rappelle ici les limites morales de l’action humaine. L’usage de la raison peut paradoxalement entrainer des dépassements inconsidérés de la raison. Celle-ci n’est plus alors une norme.

Voltaire, Aventure indienne, 1766

« Pythagore allait avaler l’huître lorsqu’elle prononça ces mots attendrissants : (…) Quelle épouvantable destinée que celle d’une huître et que les hommes sont barbares. »

Commentaire : Voltaire rapporte une anecdote dans laquelle le végétarien Pythagore se trouve sur le point de manger une huître lorsqu’il prend conscience de sa dimension sensible de l’animal capable de souffrir et marqué comme les hommes par la destinée.

Diderot, Le Rêve de d’Alembert ; 1830 (posthume)

« Tout est en un flux perpétuel. (...) Tout animal est plus ou moins homme ; tout minéral est plus ou moins plante ; toute plante est plus ou moins animal. Il n’y a rien de précis en nature. »

Commentaire : Diderot développe dans ce dialogue sa théorie matérialiste. Il introduit en particulier dans cet extrait la notion d’évolution et de mélange entre les différents règnes, contrairement à une vision segmentée et figée de la nature.

Diderot, Encyclopédie, “Bête”

« Assurer qu’elles n’ont point d’âme, et qu’elles ne pensent point, c’est les réduire à la qualité de machines ; à quoi l’on ne semble guère plus autorisé qu’à prétendre qu’un homme dont on n’entend pas la langue est un automate. »

Commentaire : Diderot mentionne pour mieux la critiquer la théorie cartésienne de l’animal assimilé à une machine ; son argument est le suivant : il est trop facile de déduire de notre méconnaissance de l’autre qu’il est inférieur à nous. C’est un préjugé ethnocentrique.

Nicolas Massias, Rapport de la nature à l’homme, 1823.

« Le castor solitaire, qui vit dans un terrier isolé, n’est pas l’animal de la nature. Celui-ci, dans la société de ses pareils, élève ces merveilleuses constructions qui instruisent, étonnent notre industrie. L’homme, l’abeille, le castor ne peuvent être considérés indépendamment de leur tendance nécessaire à la sociabilité. La société est condition de leur existence. »

Commentaire : Ecrivain romantique, Massias rejette la séparation des êtres vivants en genres prédéfinis. De plus, cette unité de la nature est rappelée ici en même temps que celle de la nature et de la société, qui ont pu être opposées radicalement chez Rousseau. L’animal est sociable par nature.

Hegel, Phénoménologie de l’esprit

« Ce qui élève l’homme par rapport à l’animal, c’est la conscience qu’il a d’être un animal... Du fait qu’il sait qu’il est un animal, il cesse de l’être. »

Commentaire : Hegel rappelle ici la supériorité de l’esprit humain sur la nature. Il décrit dans son œuvre la conscience de soi comme étant progressive, allant de la certitude sensible à la perception puis à l’entendement. L’évolution spirituelle de l’homme consiste à faire advenir cette conscience de soi et à sortir de son animalité.

Lamartine

« On n’a pas deux cœurs, l’un pour l’homme, l’autre pour l’animal… On a du cœur ou on n’en a pas . »

Commentaire : Le poète romantique abolit la distinction que l’on pourrait faire entre l’homme et l’animal en montrant l’universalité de l’amour et du sentiment.

Charles Darwin, Carnets de notes

« L’homme, dans son arrogance, se croit une grande œuvre digne de l’intervention d’un dieu. Il est plus humble et, je pense, plus vrai de le considérer comme créé à partir des animaux. »

Commentaire : Les travaux de Darwin renversent profondément toute la tradition biblique de la création de l’homme, placé au sommet des autres règnes d’êtres vivants. Si l’homme est issu de l’animal, il ne peut s’octroyer la moindre supériorité sur eux, d’où le terme péjoratif “d’arrogance”, pour désigner l’orgueil humain.

Karl Marx, Critique de l’économie politique, Introduction générale, 1859

« L’homme … est non seulement un animal social, mais un animal qui ne peut s’individualiser que dans la société. »

Commentaire : Le matérialisme marxiste replace l’homme dans un contexte socio-économique. Grand lecteur d’Aristote, Marx renoue avec l’idée que l’homme ne se conçoit naturellement qu’au sein de la société, mais en ajoutant ici la notion moderne d’individualisme. L’homme est considéré comme individu quand il s’affirme indépendamment des autres. Cette affirmation ne peut se comprendre qu’en interaction avec autrui et donc dans un cadre social et non en s’en excluant.

Friedrich Wilhelm Nietzsche, Ainsi parlait Zarathoustra, 1883

« L’homme est une corde tendue ente l’animal et le Surhomme, une corde au-dessus d’un abîme. »

Commentaire : Cette citation rassemble trois dimensions de l’humain dans un ordre hiérarchique : le surhomme est un dépassement de l’homme qui est lui-même un dépassement de l’animal. Il ne s’agit pas d’un évolutionnisme mais d’une nouvelle manière d’être, de se transcender en abolissant la transcendance établie par les religions et la morale. La métaphore de la corde traduit cette tension, l’effort de l’homme pour s’accomplir et devenir ce qu’il est en se dépassant.

F. Nietzsche, Considérations inactuelles, 1910

« La monstrueuse mobilité des hommes sur le grand désert terrestre, les villes et les États qu’ils fondent, leurs guerres, leur activité incessante d’accumulation et de dépense, leur cohue, leur façon d’apprendre les uns des autres, de se tromper, de se piétiner mutuellement, leurs cris dans la détresse, leurs clameurs dans la victoire - tout cela est le prolongement de l’animalité. »

Commentaire : Ce philosophe du dépassement déplore ici la faiblesse des hommes autour de lui qui ne font pas l’effort d’accomplir en eux cette surhumanité dont ils ont pourtant le potentiel. L’animalité est décrite péjorativement comme un état de mouvement permanent mais stérile, en fait comme une culture de l’inaccompli.

Louise Michel, Mémoires, 1886

« Au fond de ma révolte contre les forts, je trouve du plus loin qu’il me souvienne l’horreur des tortures infligées aux bêtes. Depuis la grenouille que les paysans coupent en deux, laissant se traîner au soleil la moitié supérieure, les yeux horriblement sortis, les bras tremblants cherchant à s’enfouir sous la terre, jusqu’à l’oie dont on cloue les pattes, jusqu’au cheval qu’on fait épuiser par les sangsues ou fouiller par les cornes des taureaux, la bête subit, lamentable, le supplice infligé par l’homme. Et plus l’homme est féroce envers la bête, plus il est rampant devant les hommes qui le dominent. »

Commentaire : Louise Michel, anarchiste libertaire, féministe, se révolte ici contre la cruauté de l’homme qui maltraite les animaux. Elle donne ici plusieurs exemples de pratiques qui font souffrir, comme si l’homme n’en avait pas conscience. L’homme se situe dans une échelle de domination et la violence qu’il exerce est le transfert de celle qu’il reçoit.

Oscar Wilde, Le Critique en tant qu’artiste, 1891.

« L’homme est un animal raisonnable qui se met régulièrement en colère lorsqu’on lui demande d’agir en accord avec les préceptes de la raison. »

Commentaire : Oscar Wilde reprend la définition qu’Aristote propose de l’homme : un “animal raisonnable”, c’est-à-dire capable de raisonner, d’argumenter logiquement, contrairement aux autres animaux, et non le sens moderne de sagesse morale. En jouant sur ce double sens de raisonnable, il énonce ici le paradoxe suivant : l’homme accepte difficilement de se raisonner, de limiter son comportement selon ce que lui dicte sa raison.

Emile Zola, Le Figaro, ”L’amour des bêtes”, 1896

« On aime Dieu, et c’est l’amour divin. On aime ses enfants, on aime ses parents, et c’est l’amour maternel, c’est l’amour filial. On aime la femme, et c’est l’amour, le souverain, l’éternel. On aime les bêtes, enfin, et c’est l’amour encore, un autre amour qui a ses conditions, ses nécessités, ses douleurs et ses joies. »

Commentaire : Par cette énumération de différentes formes d’amour, le romancier anoblit l’attachement que l’homme peut avoir pour les animaux, qui est aussi riche, aussi complexe qu’une autre forme d’attachement envers des êtres humains ou des divinités.

Alain, Eléments de philosophie, 1916

« Le freudisme, si fameux, est un art d’inventer en chaque homme un animal redoutable, d’après des signes tout à fait ordinaires ; les rêves sont de tels signes. »

Commentaire : Cartésien, Alain rejette l’hypothèse de l’inconscient. Il le présente ici comme une idéologie, une technique illusionniste qui divise le sujet en le rendant faussement complexe et obscur. Le concept d’animal est associé ici à une force difficile à dompter, à contrôler, une part impulsive de soi-même. L’homme ne doit pas surinterpréter les signes oniriques.

André Gide, Les Nouvelles Nourritures, 1935

« Chaque animal n’est qu’un paquet de joie. »

Commentaire : En célébrant dans ses œuvres sur les nourritures terrestres la sensualité et l’ivresse de la nature, Gide en vient à idéaliser l’animal, assimilé ici uniquement à ce sentiment entièrement positif qu’est la joie. La métaphore du paquet concrétise cette représentation.

Saint-Exupéry, Terre des hommes, 1939

« Ce que j’ai fait, aucun animal ne l’aurait fait. »

Commentaire : Pilote engagé au sein de la société Latécoère (ou Aéropostale), Saint- Exupéry transporte le courrier, de Toulouse au Sénégal puis en Amérique du Sud. Son avion tombe dans le Sahara et il réussit à survivre. Cette force de survie lui permet de résister à tout, là où l’animal aurait échoué. La force de la volonté humaine peut ainsi parfois dépasser l’instinct animal dans les situations les plus difficiles.

Maurice Merleau-Ponty, Phénoménologie de la perception, 1945.

« Il est impossible de superposer chez l’homme une première couche de comportements que l’on appellerait "naturels" (= ce qui relève du biologique, ce qui est inné) et un monde culturel ou spirituel fabriqué. Tout est fabriqué et tout est naturel chez l’homme, comme on voudra dire, en ce sens il n’est pas un mot, pas une conduite qui ne doive quelque chose à l’être simplement biologique -et qui en même temps ne se dérobe à la simplicité de la vie animale, ne détourne de leur sens les conduites vitales, par une sorte d’échappement et par un génie de l’équivoque qui pourraient servir à définir l’homme. »

Commentaire : L’auteur rejette le dualisme qui scinde l’homme en deux, en opposant nature et culture et en le rendant antithétique. La nature est uniquement un processus biologique. Si l’homme se distingue de l’animal, c’est justement une sorte de talent à se dérober.

Albert Camus, Les carnets I, 1935-1942

« La terre serait une cage splendide pour des animaux qui n’auraient rien d’humain. »

Commentaire : Cette métaphore entérine la séparation entre le règne humain et animal. Elle témoigne de l’enfermement que peut ressentir l’homme.

Alphonse Allais, A se tordre

« C’est l’humanité qui a perdu l’homme. Dire que cet idiot-là aurait pu être le plus heureux des animaux, s’il avait su se tenir tranquille. Mais non... il a inventé la civilisation. »

Commentaire : Avec humour, Allais rappelle les origines de l’homme et les méfaits que la civilisation a apportés sur son logement et sur lui-même.

Jean Anouilh, L’Hurluberlu ou le Réactionnaire amoureux, 1959.

« L’homme est un animal inconsolable et gai. Je t’expliquerai ça aussi un jour. L’essentiel est de pouvoir se regarder en face, le matin, en se rasant. »

Commentaire : L’écrivain témoigne ici de l’ambivalence de l’être humain qui peut être dominé par de états d’âme compliqués.

Lucien Malson, Les Enfants sauvages, 1964.

« Il demeure que l’homme, en société, actualise des possibilités qui le différencient sans conteste de l’animal supérieur. »

Commentaire : L’écrivain oppose l’homme et l’animal dans leur manière d’évoluer. L’animal reste invariablement dans son milieu, mais l’homme fait varier librement les principes et les valeurs de son milieu, et "actualise des possibilités". D’où une socialisation proprement humaine.

Boris Vian, Le loup-garou, 1970.

« Poussant un cri inarticulé, il regarda son corps et comprit l’origine de ce froid de glace qui l’étreignait de toutes parts. Son riche pelage noir avait disparu et sous ses yeux se dressait le corps malformé d’un de ces hommes dont il raillait d’ordinaire la maladresse amoureuse. »

Commentaire : Cette figure mythique du loup-garou témoigne de la fascination qu’exerce le monstre dans l’imaginaire et la capacité à se transformer et à changer de peau.

René Girard, La violence et le sacré, 1972.

« Les animaux d’une même espèce ne luttent jamais à mort ; le vainqueur épargne le vaincu. L’espèce humaine est privée de cette protection. »

Commentaire : Ce sociologue contemporain distingue ici le comportement de l’animal, plus respectueux de valeurs symboliques, et la cruauté sans limites de l’homme. Il y a un désir mimétique à l’œuvre chez l’être humain, source de sa violence.

Déclaration universelle des droits de l’animal, 1978.

« Le respect des animaux par l’homme est lié au respect des hommes entre eux . »

Commentaire : La création de cette charte en 1978 signifie l’évolution des mentalités au XXe siècle, devant les manipulations de plus en plus importantes exercées par la science sur les animaux.

Marguerite Yourcenar, Les yeux ouverts, 1980.

« L’homme a peu de chance de cesser d’être un tortionnaire pour l’homme, tant qu’il continuera à apprendre sur l’animal son métier de bourreau. »

Commentaire : La violence qu’exerce l’homme sur l’animal impunément et sans limites incite l’homme à l’exercer aussi sur les autres hommes. La violence nourrit la violence. Il y a donc une exigence éthique pour l’homme, et même une urgence, à domestiquer les pulsions meurtrières.

Remo Forlanii, Mémoire de singe et de paroles d’hommes, 1983.

« Le jour où l’on comprendra qu’une pensée sans langage existe chez les animaux, nous mourrons de honte de les avoir enfermés dans des zoos et de les avoir humiliés par nos rires. »

Commentaire : La supériorité de l’homme sur l’animal s’est nourrie du fait que l’homme soit capable d’utiliser un langage rationnel élaboré et compréhensible. Or rien ne dit, sinon notre ignorance, que l’animal n’a pas un mode de pensée et d’expression aussi riche. L’auteur annonce des remords à venir quand l’homme prendra conscience de sa présomption.

Nouveau catéchisme de l’Eglise catholique (1992).

« Dieu a confié les animaux à la gérance de celui qu´Il a créé à son image. Il est donc légitime de se servir des animaux pour la nourriture et la confection des vêtements. On peut les domestiquer pour qu´ils assistent l´homme dans ses travaux et dans ses loisirs. Les expérimentations médicales et scientifiques sur les animaux sont des pratiques moralement acceptables, pourvu qu´elles restent dans des limites raisonnables et contribuent à soigner ou sauver des vies humaines. »

Commentaire : Le catéchisme contemporain a une position polémique sur les animaux. Il reconnaît la supériorité de l’homme sur les animaux et l’utilisation qu’il en fait est établie comme étant légitime. Mais d’un autre côté, il tolère des pratiques scientifiques douteuses, car il est difficile de mesurer dans quelle mesure l’homme reste raisonnable.

Edgar Morin, La méthode, 1977-2004

« Il n’est pas de trait proprement humain qui n’ait une source biologique : nous portons tous l’héritage de notre passé animal dans notre jouer, dans notre jouir, dans notre aimer, dans notre chercher - pas seulement dans la territorialité et l’agression. »

Commentaire : Dans cette phrase, Morin rappelle la part animale de chacun, malgré toutes nos tentatives pour y échapper. Il rappelle l’évolutionnisme et la survie de pratiques animales dans notre comportement humain.

Jean-Claude Guillebaud, Le principe d’humanité, 2004.

« On peut repérer dans la modernité et dans la postmodernité une fascination pour l’animalité de l’homme qui passe pourrait-on dire en contrebande. Elle est même souvent répercutée, colportée avec une espèce de joie sans que nous nous rendions compte à quel point elle est porteuse d’un antihumanisme redoutable. »

Commentaire : La contreculture des années 60 a ramené l’homme vers l’idéalisation des animaux., J.C. Guillebaud retrouve les soupçons traditionnels que l’on entretient à l’égard des écologistes, dès lors qu’on les accuse de mettre en cause au profit de l’animal les prérogatives humaines. Derrière la volonté de maintien de la dichotomie cartésienne, on trouve donc ici une mise en cause inquiète de l’exaltation du monde animal par nos sociétés.

Erica Spindler, L’innocence volée, 2010.

« Les animaux agissent par instinct, pas dans un objectif déterminé. Ils tuent afin de survivre. L’homme, lui, détruit pour le plaisir. Il tue pour s’amuser. »

Commentaire : L’opposition entre l’homme et l’animal est rappelée ici de manière lapidaire : d’un côté le déterminisme animal, de l’autre la liberté humaine, associée à une vision pessimiste de l’homme qui trouverait du plaisir dans l’acte meurtrier.

Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, L’Ethique animale, 2018.

« Depuis plusieurs décennies, l’éthologie prouve qu’aucun de ces fameux attributs dont l’homme prétend posséder l’exclusif apanage ne lui est absolument propre. Que certains animaux ont aussi, à leur manière, à un autre degré, ce que nous appelons la conscience, la raison, la moralité, la culture. »

Commentaire : L’éthologie est la science du comportement des espèces. Elle est rappelée ici pour attester de la proximité biologique de l’homme et de l’animal et critiquer toute ambition humaine de se démarquer de l’animal. Cela reposerait sur une méconnaissance profonde de toutes les structures qui régissent le monde animal.
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