Préparer le concours Prépa - Recueil de citations ÉPOQUE MODERNE : L’ANIMAL-OBJET

Ce recueil de citations ne présume en rien des sujets du concours 2021 à venir.

Léonard de Vinci, Œuvres, 15e siècle

« L’homme est véritablement le roi de tous les animaux, car sa cruauté dépasse celle des animaux. Nous vivons de la mort des autres. Nous sommes des tombes marchantes . »

Commentaire : La supériorité traditionnelle de l’homme sur l’animal est ironiquement critiquée ici, en affichant la bestialité du comportement cruel de l’homme à l’égard des animaux, son besoin irrépressible de tuer.

Montaigne, Essais ; 1580

« Je dirais qu’il y a plus de distance de tel homme à tel homme qu’il n’y en a de tel homme à telle bête . »

Commentaire : Montaigne renoue avec l’épicurisme dans ce rapprochement entre l’homme et l’animal. Il reconnaît la différence des caractères, des opinions ou des cultures qui éloignent les hommes entre eux. À cette altérité s’oppose la proximité de l’homme et de l’animal par le fonctionnement de leur corps et leur place dans la nature.

Montaigne, Essais, 1580

« La présomption est notre maladie naturelle et originelle. C’est par la vanité de cette même imagination que l’homme s’égale à Dieu, qu’il s’attribue les conditions divines, qu’il se trie soi-même et sépare de la presse des autres créatures, taille les parts aux animaux ses confrères et compagnons, et leur distribue telle portion de facultés et de forces que bon lui semble. »

Commentaire : Dans cet extrait, la séparation de l’homme et de l’animal est approfondie/ Montaigne adopte le point de vue d’un moralisateur et au nom des valeurs d’humilité et de justice, il reproche à l’homme son orgueil. La métaphore de la maladie indique comment l’homme peut perdre la lucidité et le contact avec la réalité en se faisant des illusions.

  Descartes, Lettre au Marquis de Newcastle, 17e siècle.

« Je sais bien, écrit Descartes, que les bêtes font beaucoup de choses mieux que nous, mais je ne m’en étonne pas ; car cela même sert à prouver qu’elles agissent naturellement et par ressorts, ainsi qu’une horloge, laquelle montre bien mieux l’heure qu’il est, que notre jugement ne nous l’enseigne . »

Commentaire : Cet extrait contient la célèbre métaphore de l’horloge qui indique la position mécaniste de Descartes, qui considère que le monde l’étendue auquel appartiennent les corps est régi par un arrangement particulier de la matière. Néanmoins, Descartes établit une hiérarchie entre le jugement humain imparfait et cette logique parfaite inhérente à la nature.

Descartes, Discours de la méthode, 1637

« Ceux qui, sachant combien de divers automates, ou machines mouvantes, l’industrie des hommes peut faire, sans y employer que fort peu de pièces, à comparaison de la grande multitude des os, des muscles, des nerfs, des artères, des veines, et de toutes les autres parties qui sont dans le corps de chaque animal, considéreront ce corps comme une machine qui, ayant été faite des mains de Dieu, est incomparablement mieux ordonnée et a en soi des mouvements plus admirables qu’aucune de celles qui peuvent être inventées par les hommes ».

Commentaire : Cette citation établit une comparaison entre l’automate créé par l’homme et le corps animal créé par Dieu, pour reconnaître et admirer la complexité de ce dernier. Tout peut s’expliquer dans la nature par le mouvement et l’espace. Cette valorisation du mécanisme corporel montre ainsi les limites de l’ingéniosité humaine par rapport à l’organisation qui règne dans la nature et qui est d’origine divine.

Nicolas Boileau, Satires VI, 1657

« De tous les animaux qui s’élèvent dans l’air, qui marchent sur la terre, ou nagent dans la mer, de Paris au Pérou, du Japon jusqu’à Rome, le plus sot animal, à mon avis, c’est l’homme. »

Commentaire : Moraliste sévère de son temps, Boileau fait la satire de la prétendue supériorité de l’homme sur les autres animaux, en indiquant implicitement que l’homme fait partie des animaux et qu’il se situe au-dessous d’eux, quant à l’intelligence ou l’ingéniosité. L’animal a en effet pour intelligence de suivre la nature.

Pascal, Pensées, 1831

« Mien, tien. Ce chien est à moi disaient ces pauvres enfants. C’est là ma place au soleil. Voilà le commencement et l’image de l’usurpation de toute la terre. »

Commentaire : Cette pensée dénonce par le terme péjoratif d’usurpation” l’appropriation que l’homme fait du monde naturel autour de lui et le projet de maîtrise que l’homme peut en avoir. L’usurpation enfreint le droit et n’est pas légitime. Mais cela correspond ici à la misère de l’homme qui n’a pas de place dans l’univers infini et ressent le besoin de la déterminer.

La Fontaine, Fables, VIII, 14, “Les Obsèques de la Lionne”, 1695

« Je définis la cour un pays où les gens,
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents,
Sont ce qu’il plaît au prince, ou, s’ils ne peuvent l’être,
Peuple caméléon, peuple singe du maître ;
On dirait qu’un esprit anime mille corps :
C’est bien là que les gens sont de simples ressorts
. »

Commentaire : Cette célèbre fable fait la satire de la cour de Versailles. Le poète définit le comportement des courtisans par leur manque de règles morales et le culte de l’apparence. Les métaphores animales et les hyperboles insistent sur le principe de l’imitation d’autrui et l’uniformisation des comportements jusqu’à la caricature mécaniste du ressort qui rappelle l’horloge cartésienne.

La Fontaine, Fables, “Dédicace à Monseigneur le Dauphin”, 1685

« Tout parle en mon ouvrage, et même les poissons :
Ce qu’ils disent s’adresse à tous tant que nous sommes ;
Je me sers des animaux pour instruire les hommes.
. »

Commentaire : Le fabuliste énonce son projet de moraliste et justifie ainsi le recours à l’anthropomorphisme pour travestir le jeu social des courtisans et des gens qu’il observe autour de lui. Le comportement animal évoque le comportement humain. Cette présentation a aussi un intérêt plus littéraire, en indiquant que le message à trouver est multiple et complexe. Ainsi le lecteur doit être à l’écoute de toutes les évocations qui peuvent être suggestives et pas toujours explicites.

Malebranche, De la recherche de la vérité, 1721

« Nous sommes entièrement semblables aux bêtes par le corps et toute la différence qu’il y a entre nous et elles, c’est que nous avons une âme et qu’elles n’en ont pas. […] Ainsi dans les animaux, il n’y a ni intelligence ni âme : ils mangent sans plaisir, crient sans douleur, […] ils ne désirent rien, ne craignent rien. »

Commentaire : Héritier de Descartes, Malebranche entérine la séparation de l’âme et du corps, pour distinguer ce que Descartes nommait l’étendue (res extensa) et la pensée (res cogitans). L’approche mécaniste du monde des corps se retrouve chez les animaux, mais non les passions de l’âme, qui résultent de l’influence du corps sur l’âme. Plaisir, douleur, désir, crainte restent ici exclusivement humains.

Molière, L’École des femmes, 1662

« Leur esprit est méchant, et leur âme fragile ; Il n’est rien de plus faible et de plus imbécile, Rien de plus infidèle et malgré tout cela, Dans le monde on fait tout pour ces animaux-là. »

Commentaire : Le personnage d’Arnolphe parle ici des femmes. Molière fiat dans cette comédie la satire des misogynes, qui dévalorisent la femme, ravalée au rang d’animal. Cette énumération des défauts relève de la caricature, mais correspond aussi à une hiérarchie des genres bien ancrée dans la société.
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