Préparer le concours Prépa et littéraires - Recueil de citations L’Antiquité : La mémoire fondatrice La mémoire est au fondement des sociétés et des institutions, à une époque où la tradition orale occupe une place primordiale.

Ce recueil de citations ne présume en rien des sujets du concours 2019 à venir.

Proverbe oriental

La mémoire est préférable à un grand amas de livres.”

Ce proverbe valorise l’assimilation intériorisée des connaissances par rapport à une culture livresque qui reste extérieure à soi. La supériorité de la mémoire est de permettre d’acquérir cette vraie culture, qui devient constitutive de l’individu et permet une transmission orale de personne à personne. L’expression « grand amas de livres » est péjorative et critique l’accumulation stérile d’un savoir qui ne nourrit pas une pensée personnelle. A cet égard, la citation annonce l’humanisme de la Renaissance et celle de Montaigne : « mieux vaut une tête bien faite qu’une tête bien pleine. »

La Bible, « Evangile selon Saint Luc » :

Faites ceci en mémoire de moi. »

Le message du Christ consigné par l’Evangile instaure un rituel de commémoration religieuse. La liturgie de la messe réactualise la Passion et la mort du Christ, en entretenant une mémoire vivante, selon laquelle le Christ a la vie éternelle. Cela donne un ancrage à l’individu constitutif de son identité. Mais l’impératif est aussi une recommandation qui fait appel à la responsabilité et au devoir de mémoire, et qui peut instaurer une culpabilité. Cela rejoint l’analyse critique de Nietzsche dans la Généalogie de la Morale.

Jean-Pierre Vernant, Mythe et pensée chez les Grecs (1971) :

Mémoire apparaît comme une fontaine d’immortalité. »

Le philosophe se réfère à la déesse Mnémosyne, fille d’Ouranos et de Gaia. Elle a conçu les 9 Muses, qui sont à la source de la connaissance. Le mythe divinise cette faculté intellectuelle qui permet en particulier de transmettre les mythes par tradition orale. Ainsi, la mémoire s’oppose à l’oubli, associé à la mort dans le mythe d’Er raconté par Platon, au livre X de la République, dans lequel les âmes de morts oublient leur vie passé avant de se réincarner.

Hérodote, Enquête :

Hérodote d’Halicarnasse présente ici les résultats de son enquête, afin que le temps n’abolisse pas les travaux des hommes et que les grands exploits accomplis soit par le Grecs, soit par les Barbares ne tombent pas dans l’oubli. »

Ces premiers mots d’Hérodote ouvrent son immense enquête (historia). La mise en forme écrite assure une survie aux événements, qui une foi consignés, restent gravés. L’histoire se présente comme le moyen d’assurer une mémoire collective à une société, pour qu’elle puisse y trouver les traces de son passé.

Thucydide (-465 ; -400)

Histoire de la Guerre du Péloponnèse : Les témoins de chaque fait présentent des versions qui varient selon leur sympathie à l’égard des uns et des autres et selon leur mémoire. »

Thucydide se méfie des mensonges de la mémoire qui peut être trompeuse et faillible, et associée à la subjectivité de l’historien. Il fait preuve de novateur en revendiquant une approche rationnelle de l’histoire permettant d’amener la vérit, et de pouvoir résoudre les problèmes du temps présent.

Platon, Phédon :

SOCRATE : S’acharner à prétendre que les choses sont telles que je les ai exposées, cela ne sied pas à un homme de bon sens. Que cependant pour nos âmes et pour leurs résidences, il en soit ainsi ou à peu près ainsi, voilà à mon sens le risque qu’il sied de courir. »

Platon, dans Le Phédon traite de l’immortalité de l’âme, à l’occasion de la mort de Socrate. Ce dernier reconnaît ici le défaut de mémoire, dû au temps qui altère l’exactitude des faits. Socrate, si soucieux du vrai, le présente pourtant comme quelque chose de normal, de naturel. A tout prendre, mentir sciemment en racontant d’après le souvenir qui nous en reste vaut mieux que de se taire par un souci excessif de vérité.

Platon, Phèdre :

L’écriture produira l’oubli »

Dans le mythe de Teuth, Platon se livre à l’exercice du discours égyptien. Le Roi Thamous émet des réserves face à l’invention de l’écriture par le dieu Teuth, en montrant son ambivalence. En effet, écrire permet de soulager la mémoire, et de remédier ainsi à ses défauts, mais la mémoire a besoin d’être cultivée, entretenue. En ce sens l’écriture laisse place à l’oubli. Socrate se méfie aussi de l’écriture en ce qu’elle fige le savoir et ne permet pas la réminiscence.

Aristote (-384 ;-322), Traité de la mémoire et de la réminiscence :

« Nous pouvons donc définir la mémoire, la perception dans l’esprit de l’image qu’y a laissée l’objet en tant que copie de l’objet dont elle est l’image. »

L’imagination entre en jeu dans le fonctionnement de cette mémoire. Elle est la perception de l’impression causée sur l’âme par la perception. Il distingue cette mémoire simple, un retour spontané de l’esprit et celle de la réminiscence, qui implique un travail de la raison, pour retrouver tout ce que l’esprit avait consigné.

Cicéron, Caton l’Ancien :

La mémoire diminue à moins qu’on ne l’exerce »

Caton l’Ancien fut l’homme de la tradition et des valeurs romaines. Cicéron rappelle ici le devoir du citoyen romain d’entretenir la connaissance du passé par un entraînement régulier. De même que le soldat entraîne son corps à l’activité militaire régulièrement, de même le citoyen entraîne son esprit au souvenir qu’il peut avoir du passé car cette connaissance fait partie de sa formation intellectuelle et civique.

Tertullien (160-220), Apologétique, 33 (197) :

Regarde derrière toi, et souviens-toi que tu n’es qu’un homme. »

Cette phrase, dont une variante célèbre est « memento mori » (souviens-toi que tu es mortel), était prononcée par le serviteur à l’oreille du général romain vainqueur lors de la cérémonie du triomphe à Rome. Elle rappelle les limites de la condition humaine et évite ainsi l’orgueil, la démesure, qui pourrait amener l’homme à se prendre pour un héros, au en où il dépasserait grâce à son talent, les limites de la condition humaine.

Saint Augustin (354-430), Les Confessions, X, 8, (401) :

Que cette puissance de ma mémoire est grande, mon Dieu qu’elle est grande ! Ses plis et ses replis s‘étendent à l’infini ; et qui est capable de les pénétrer jusqu’au fond ? Néanmoins, c’est une faculté de mon âme et qui appartient à ma nature. »

La puissance de la mémoire est représentée avec une métaphore spatiale, comme un lieu infini peuplé de perceptions, de nombres, d’images. Saint Augustin en fait un constat désabusé, avec lyrisme, surpris de découvrir cet atout de la nature humaine, qui fait de l’homme le reflet de Dieu. Mais le concept revêt chez lui un sens plus vaste que le sens moderne : il correspond en quelque sorte au subconscient, c’est-à-dire à tout ce qui est présent dans l’âme sans être explicitement connu.
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