Préparer le concours Prépa et littéraires - Recueil de citations XIXe siècle : DÉSIR ET SOCIÉTÉ

Citations philosophiques

Hegel, Phénoménologie de l’esprit (1807)

« Dans le désir, la conscience de soi se comporte à l’égard d’elle-même comme une réalité singulière. Elle renvoie à un objet qui est dépourvu de soi, qui, en lui-même, est autre chose que la conscience de soi. Eu égard à l’objet, cette conscience ne réussit à s’atteindre dans son égalité à elle-même que par la suppression de cet objet. »

Commentaire : Le désir porte la conscience sur une altérité, une chose fondamentalement autre, qu’il s’agit de nier. Ce désir négateur cherche à annihiler l’altérité et à intégrer cet autre à la conscience de soi elle-même.

Schopenhauer, Le monde comme volonté et représentation (1819)

« C’est comme l’aumône que l’on jette à un mendiant, elle lui sauve aujourd’hui la vie pour prolonger sa misère jusqu’à demain ».

Commentaire : Schopenhauer parle ici du désir réalisé. Le vouloir-vivre insatiable anime l’homme et tous les êtres de la nature. Le désir qui anime l’homme est l’équivalent de l’instinct qui fait de même avec l’animal. La misère de l’homme est d’être soumis à cette force aveugle du désir qui recommence son harcèlement dès qu’il est satisfait.

Gustave Le Bon, L’Homme et les sociétés, Leurs origines et leur histoire (1881)

« Le désir tient d’une main de fer tous les hommes, et sa puissance est telle que, quelle que soit la désillusion qui suit fatalement sa réalisation, il nous mène toujours. »

Commentaire : L’auteur a analysé la psychologie des foules et le comportement humain. Cette citation fait du désir non seulement une caractéristique universelle ancrée dans la nature humaine, mais une entité toute-puissante, qui réduit l’homme à une passivité, voire un esclavage. Le désir se rapproche de la passion ou de l’obsession contre laquelle il s’avère impossible de lutter.

Ernest Renan, L’avenir de la science (1848), I, Certitudes

« La science restera toujours la satisfaction du plus haut désir de notre nature, la curiosité ; elle fournira à l’homme le seul moyen qu’il ait pour améliorer son sort. »*

Commentaire : Dans cet essai, Renan affirme la religion de la science qui va être au cœur du positivisme. Le désir de connaître, de découvrir est le moteur de la recherche scientifique et devient donc le plus important des désirs, puisqu’il permettra implicitement à l’homme de parvenir au bonheur. Le progrès est possible par cette foi profonde dans les bienfaits de la curiosité, contrairement aux dogmes des autres religions.

Ernest Renan, Dialogues et fragments philosophiques (1876), I, Certitudes

« Le désir est le grand ressort providentiel de l’activité ; tout désir est une illusion, mais les choses sont ainsi disposées qu’on ne voit l’inanité du désir qu’après qu’il est assouvi. »

Commentaire : L’ambivalence du désir est rappelée ici, comme un moteur de l’action qui mène l’homme vers le nouveau, comme si ce nouveau pouvait le combler et lui procurer le bonheur. En cela le désir est une illusion de plénitude, un mirage qui ne se dévoile qu’après coup.

Gustave Le Bon, L’Homme et les sociétés, Leurs origines et leur histoire (1881)

« Le désir tient d’une main de fer tous les hommes, et sa puissance est telle que, quelle que soit la désillusion qui suit fatalement sa réalisation, il nous mène toujours. »

Commentaire : L’auteur a analysé la psychologie des foules et le comportement humain. Cette citation fait du désir non seulement une caractéristique universelle ancrée dans la nature humaine, mais une entité toute-puissante, qui réduit l’homme à une passivité, voire un esclavage. Le désir se rapproche de la passion ou de l’obsession contre laquelle il s’avère impossible de lutter.

Citations littéraires & artistiques

Stendhal, De l’amour (1822)

« Ce que j’appelle cristallisation, c’est l’opération de l’esprit, qui tire de tout ce qui se présente la découverte de l’objet aimé à de nouvelles perfections ».

Commentaire : Ce célèbre passage rappelle l’illusion du désir imaginé et le pouvoir qui réside dans l’imagination., qui mène le sujet à combler de qualités l’objet de son désir, alors qu’il ne les a pas.

Honoré de Balzac, La Comédie humaine (1842-1852)

« Faire naître un désir, le nourrir, le développer, le grandir, l’irriter, le satisfaire, c’est un poème tout entier. »

Commentaire : Balzac, reprend ici la métaphore de la germination qui rappelle que le désir au sens romantique est animé d’une vitalité et d’un dynamisme semblables à ceux d’un être vivant. La métaphore du poème a un double sens : Cet éveil du désir est à la fois un vrai travail de patience et procure un plaisir esthétique.

Honoré de Balzac, La Peau de chagrin (1831)

« Le monde lui appartenait, il pouvait tout et ne voulait plus rien. Comme un voyageur au milieu du désert, il avait un peu d’eau pour la soif et devait mesurer sa vie au nombre des gorgées. Il voyait ce que chaque désir devait lui coûter de jours. »

Commentaire : Cet extrait expose le paradoxe du désir dans ce roman. D’un côté, désirer est la source du bonheur et de la toute-puissance qu’un homme peut rêver, d’un autre côté, chaque exercice du désir est un pas de plus vers la mort. Le désir donne satisfaction mais épuise la vitalité de l’homme.

Alexandre Dumas père, La Femme au collier de velours (1850)

« Chez le joueur, un seul sentiment continue à vivre, c’est le désir et ce sentiment se nourrit et s’augmente au détriment de tous les autres. »

Commentaire : Moteur de la passion du jeu, le désir peut se nourrir et s’amplifier sans limite, il est source de démesure et d’obsession. Il devient alors exclusif et destructeur de l’équilibre psychique.

George Sand, Histoire de ma vie (1855)

« Le désir est beaucoup, la possession peu de choses. »

Commentaire : Le romantisme privilégie l’attente, l’insatisfaction du désir plutôt que le désir comblé. Car celui-ci entraîne la mort du désir. Paradoxalement, le désir inassouvi s’entretient et se décuple, il fait vivre de plus en plus intensément, motive l’espoir, l’imaginaire, le besoin.

Gustave Flaubert, Correspondance, à Louise Colet, 21 mai 1853

« Une âme se mesure à la dimension de son désir, comme l’on juge d’avance des cathédrales à la hauteur de leurs clochers. »

Commentaire : La comparaison entre l’âme et la cathédrale se double ici de celle du désir et du clocher. La grandeur de l’âme correspond à l’ampleur de son désir. Le désir s’exprime d’une manière retentissante, comme le son des cloches. Cette représentation positive du désir le rend comparable à un élan essentiel.

Charles Baudelaire, Les Fleurs du Mal (1857), CXXVI –« Le voyage »

« Les plus riches cités, les plus grands paysages,
Jamais ne contenaient l’attrait mystérieux
De ceux que le hasard fait avec les nuages.
Et toujours le désir nous rendait soucieux ! »

Commentaire : Pour le poète, la tension de l’âme vers l’idéal est toujours insatisfaite, et le désir d’absolu reste inassouvi, si le voyage parcourt seulement la Terre. L’absolu est accessible par le biais du mystère, et ici par le biais des motifs qui s’expriment dans le ciel d’une manière inattendue.

Oscar Wilde, Le Portrait de Dorian Gray (1891)

« Le seul moyen de se débarrasser d’une tentation est d’y céder. Essayez de lui résister, et votre âme aspire maladivement aux choses qu’elle s’est défendues ; avec, en plus, le désir pour ce que des lois monstrueuses ont fait illégal et monstrueux. »

Commentaire : Cette citation est le témoin de son époque : à la fin du XIXe siècle, une morale très rigoriste règne en Angleterre sous le contrôle de la reine Victoria. Oscar Wilde rappelle ici que le désir s’alimente de la frustration, surtout quand cette frustration concerne ce qui est naturel, comme la sexualité. La diabolisation du corps par la morale religieuse est la cible visée par Wilde quand il mentionne les « lois monstrueuses. »

Anatole France, Le Livre de mon ami (1885)

« Si le désir embellit toutes les choses sur lesquelles il se pose, le désir de l’inconnu embellit l’univers. »

Commentaire : La force du désir est rappelée ici, comme un moteur de l’action qui mène l’homme vers le nouveau, car ce nouveau pouvait le combler et lui procurer le bonheur. Le désir pose une lumière sur ce qu’il prend pour objet, et l’inconnu signifie que l’univers garde toujours une part de mystère pour l’homme. C’est ce qui permet de s’en émerveiller.

Anton Tchekhov, La Mouette (1896)

« Le bonheur n’existe pas. Seul existe le désir d’y parvenir. »

Commentaire : Le bonheur est vu dans cette tournure elliptique comme un idéal de l’imagination, un fantasme d’absolu inaccessible. C’est le chemin vers le bonheur qui compte.

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