Préparer le concours Prépa et littéraires - Recueil de citations XVIIe-XVIIIe : La mémoire du cœur La mémoire est distinguée de la pensée rationnelle comme étant le domaine par excellence de la sensibilité et du cœur.

Madame de Sévigné (1626-1696), Lettres (1725) :

La mémoire est dans le cœur. »

Madame de Sévigné rappelle ici que les souvenirs durent selon leur résonance affective dans le cœur de quelqu’un. Ce n’est pas ici une faculté de connaissance purement intellectuelle, mais la trace sensible du vécu et du ressenti. Les sentiments peuvent osciller de l’amour à la haine, de la blessure narcissique à l’enthousiasme débordant, ils restent comme le dit l’expression courante « gravés dans le cœur. »

François de La Rochefoucauld (1613-1680), Maximes (1664) :

Tout le monde se plaint de sa mémoire et personne ne se plaint de son jugement. »

Moraliste du Siècle de Louis XIV, La Rochefoucauld oppose ici la faiblesse du jugement chez ses contemporains. L’esthétique classique réclame de la rigueur et de l’exactitude dans l’exercice du jugement et de la pensée personnelle. Or les gens ne sont pas suffisamment critiques envers eux-mêmes. Il est plus important de veiller à bien juger plutôt que de bien se souvenir.

Nicolas Boileau (1636-1711), Epîtres, III (1670) :

Le moment où je parle est déjà loin de moi. »

Le poète, théoricien de la littérature classique, constate dans ce vers la fuite du temps auquel est soumise la condition humaine. L’homme se trouve dans un flux incessant, qui devient vertigineux. La mémoire du passé proche puis plu lointain permet de tisser une durée et de dépasser la discontinuité du vécu.

Montesquieu (1689-1755), Mes Pensées (1726) :

Je suis distrait. Je n’ai de mémoire que dans le cœur. »

Le philosophe distingue une mémoire intellectuelle d’une mémoire affective. La distraction empêche aux pensées de se fixer de façon durable. En revanche, le cœur, siège de la sensibilité est le lieu proprement dit du souvenir. Les traces du vécu s’y incrustent plu profondément.

Denis Diderot, Opinions des anciens philosophes (1800) :

L’expérience est la mémoire de beaucoup de choses. »

Philosophe de Lumières, contemporain de l’empirisme, qui accorde une primauté à l’expérience par rapport au rationalisme du siècle précédent, parle de l’expérience comme confrontation de l’homme et du monde. Elle s’enrichit constamment au cours du vécu et la sagesse qu’elle permet d’acquérir est la mémoire de tous ces enseignements.

Denis Diderot (1713 – 1784), Salons (1767)

O les sublimes ruines ! Tout s’anéantit, tout périt, tout passe. »

Diderot, touché par la sensibilité pré-romantique, se livre à une poétique des ruines. Il perçoit dans le spectacle des ruines, vestiges du passé, le sentiment du sublime, d’une dimension qui dépasse la condition humaine et procure un sentiment d’admiration.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1765), Les Confessions (1765) :

S’il m’est arrivé d’employer quelque ornement indifférent, ce n’a jamais été que pour remplir un vide occasionné par mon défaut de mémoire. »

Dans le « Préambule » des Confessions, Rousseau noue un pacte autobiographique avec son lecteur fondé sur la sincérité et l’authenticité, et l’avertit des difficultés de son entreprise. IL mentionne ici les difficultés propres à ce genre littéraire et les limites de la vérité historique.
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