Préparer le concours Prépa et littéraires - Recueil de citations XVIe & XVIIe : DÉSIR ET RAISON

Ce recueil de citations ne présume en rien des sujets du concours 2020 à venir.

Citations philosophiques

Machiavel, Le Prince (1 532)

« Je juge certes ceci : qu’il est meilleur d’être impétueux que circonspect, car la fortune est femme, et il est nécessaire, à qui veut la soumettre, de la battre et de la rudoyer. Et l’on croit qu’elle se laisse plutôt vaincre par ceux-là que par ceux qui procèdent avec froideur.”

Commentaire : Le philosophe affirme ici le désir de maîtrise de l’imprévisible et de l’inattendu. La fortune est personnifiée selon la tradition antique, mais l’allégorie est un prétexte pour réaffirmer la toute-puissance de l’homme d’Etat qui est capable de devenir le maître de la destinée par l’exercice de sa volonté, par sa résistance et par son audace.

Saint François de Sales, Le traité de l’amour de Dieu (1616)

“Plus le désir a été pressant et puissant, plus la possession de la chose désirée est délicieuse.”

Commentaire : Le désir est vu comme une insatisfaction, et l’épreuve d’un manque. L’intensité de la jouissance est réciproquement celle du manque. Mais il faut bien voir ici une perspective chrétienne : le désir de Dieu est l’attente du Paradis, et l’âme éprouve la soif de Dieu, qu’elle ne pourra satisfaire qu’après le Jugement dernier.

René Descartes, Les Passions de l’âme (1649)

« Au reste, par le mot de volonté, je n’entends pas ici parler du désir, qui est une passion à part et se rapporte à l’avenir, mais du consentement par lequel on se considère dès à présent comme joint avec ce qu’on aime. »

Commentaire : Descartes distingue ici volonté et désir, la première se rattachant à l’affection, l’autre à la passion. Le désir est une passion tournée vers l’avenir, au sens où elle est subie et peut faire souffrir l’âme qui lui est soumise. La volonté, marque de la liberté, peut au contraire dominer le désir.

  Baruch Spinoza, Éthique (1677)

« Chacun a naturellement le désir que les autres vivent selon son naturel à soi, et comme tous ont un pareil désir, ils se font pareillement obstacle ; et comme tous veulent être loués ou aimés par tous, ils se haïssent réciproquement. (…) Toute chose s’efforce, autant qu’il est en son pouvoir, de persévérer dans son être (…) L’appétit n’est donc rien d’autre que l’essence même de l’homme, et de la nature de cette essence suivent nécessairement les choses qui servent à sa conservation et par conséquent l’homme est déterminé à les faire. »

Commentaire : Cette citation comprend plusieurs idées. Tout d’abord, le désir est facteur de désunion entre les hommes, puisqu’il vise à satisfaire l’égocentrisme. Ensuite, le désir au sens d’un appétit nous tourne vers les choses. Il oriente notre action quotidiennement, et même à chaque instant. C‘est pourquoi il est lié à la nature de l’homme, à son être le plus profond. Spinoza est sans doute un des philosophes qui ont magnifié le plus le désir. Car le désir est envisagé positivement comme élan permettant de persévérer dans son être.

Baruch Spinoza, Traité politique (1677)

« « Les hommes sont conduits plutôt par le désir aveugle que par la raison ». »

Commentaire : Le philosophe constate le manque de lucidité des hommes dans la conduite de leurs affaires. Le désir est ici facteur de désunion, et associé à une forme de non-conscience, qui s’oppose aux idées claires de la raison.

Citations littéraires & artistiques

William Shakespeare, Vénus et Adonis (1593)

« La mer a des bornes, mais le désir n’en a point. »

Commentaire : cette antithèse caractéristique de l’époque du baroque tente de montrer la dimension incommensurable du désir, en l’opposant à la mer qui semble déjà elle-même illimitée. La mer est ce qui peut donner une idée de l’immensité du désir incommensurable.

Molière, Dom Juan (1665)

« Il n’est rien qui puisse arrêter l’impétuosité de mes désirs, je me sens un cœur à aimer toute la terre ; et, comme Alexandre, je souhaiterais qu’il y eût d’autres mondes, pour y pouvoir étendre mes conquêtes amoureuses. »

Commentaire : Le héros de Molière, Dom Juan fait ici au terme d’une longue tirade, l’apologie du libertinage et de la satisfaction des désirs d’une manière hyperbolique, par la comparaison avec Alexandre et la métaphore guerrière. Le désir est compris comme le ferment de l’action militaire. Mais la démesure de ce caractère impétueux est implicitement teintée de négativité, comme étant une sorte d’impuissance, d’incapacité à dominer le désir et une certaine aliénation.

Racine, Phèdre (1677)

« Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachées :
C’est Vénus tout entière à sa proie attachée."

Commentaire : l’héroïne tragique est marquée par la passion fatale, inspirée par une puissance divine et vécue comme la présence de l’altérité en soi. Phèdre se présente comme une victime, physiquement marquée par ses effets, et incapable de s’en libérer, ce qui pose la question de la responsabilité face au désir que l’on subit.
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