Préparer le concours Prépa et littéraires - Recueil de citations XXe : La mémoire, objet de science La mémoire bénéficie d’une approche plus scientifique grâce au développement des sciences humaines.

Sigmund Freud (1856-1939), L’inquiétante étrangeté et autres essais (1919)

Une tâche qui nous incombe fréquemment est l’interprétation de rêves, c’est-à-dire la traduction du contenu du rêve remémoré en son sens caché. »

Pour Freud, l’anamnèse est cette méthode qui permet de retrouver des souvenirs cachés, latents, et qui ressurgissent sous des formes indirectes. C’est une mémoire inconsciente, inscrite dans le psychisme, et qui peut ressurgir dans le rêve, par un transfert.

Ferdinand Foch (1851-1929), Mémoires (1931) :

Parce qu’un homme sans mémoire est un homme sans vie, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir. »

Ferdinand Foch remporte la victoire de la Première Guerre mondiale. Il affirme ici la part de la mémoire dans l’existence humaine, et dans celle d’un peuple. Le parallélisme lui permet d’insister sur le lien entre le passé et le l’avenir. En effet, l’homme et les peuples peuvent tirer des leçons de leur histoire, personnelle et collective, pour assurer leur avenir et éviter les pièges qu’il peut leur proposer.IL rappelle implicitement l’importance de la commémoration qui garantit cette survie du passé, notamment dans le ca d’un conflit militaire.

Ellen Key (1849-1926), Revue Verdandi (1891) :

La culture est ce qui subsiste quand on a oublié tout ce qu’on avait appris. »

Cette essayiste suédoise rappelle l’écart entre la mémoire et la culture. Celle-ci correspond à une véritable assimilation, durable et profonde, des acquis qui conditionne notre manière de vivre et de penser. Elle dépasse la simple connaissance intellectuelle. Cette imprégnation permanente s’oppose à la mémoire volontaire, fragile et sélective, qui peut s’effacer.

Paul Valéry (1871-1945), Cahiers I (1957),

La mémoire est l’avenir du passé.”

Valéry reconnaît une mémoire fondamentale, fonctionnelle, qui a pour fonction de conserver plusieurs éléments du passé, et d’assurer une unité et un avenir à la vie mentale. Cette mémoire est un désordre nécessaire, qui permet l’exercice de la pensée. Il distingue cette mémoire de la mémoire chronologique ou ordinaire.

Marcel Proust (1871-1922), Le Temps retrouvé (1913) :

Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir. »

Selon ces derniers mots du dernier tome d’ A la Recherche du Temps Perdu, Les sensations sont ici la source du souvenir, qui permet au passé de survivre. Elles sont personnifiées, comparées à de âmes, en quête de réminiscence. Le souvenir a ainsi une transparence spirituelle, en permettant aux choses une fois disparues de ressusciter, et de montrer alors leur essence véritable. Cet édifice immense, c’est une profondeur à sonder, une aventure de la conscience dans les méandres de l’intériorité.

**George Poulet (1902-1991), Etudes sur le temps humain (1949) :

Le temps retrouvé, c’est le temps transcendé. »

Critique littéraire et commentateur de Proust, George Poulet définit cette résurgence du passé comme une épuration, qui permet d’en faire disparaître tous les aléas superficiels pour n’en conserver que la quintessence. L’authenticité de l’impression ressentie peut être retrouvée, au terme d’un long cheminement qui fut pour Proust celui de l’écriture.

Emile Chartier, (dit Alain) (1868-1951), Manuscrits inédits (1928) :

Se souvenir, c’est sauver ses souvenirs, c’est se témoigner qu’on les a dépassés. C’est les juger. »

Alain reconnaît le paradoxe de l’acte de mémorisation : en rappelant le passé, je mets aussi en évidence qu’il n’est plus. Je le tire de l’oubli, mais le définit comme ce qui n’est plus. Ce jugement affirme ainsi une rupture avec ce que l’on a été. Le moi se définit par le présent de la pensée et non la survie d’un état antérieur.

Henry de Montherlant (1895-1972), Fils de personne (1943) :

La mémoire est l’intelligence des sots. »

Ce jugement de Montherlant stigmatise l’apprentissage mécanique, le « par cœur », qui reste un procédé de répétition mécanique, stérile dans le développement de l’intelligence. Celle-ci ne peut être la simple retranscription du passé sans que la conscience éveillée ne l’ait assimilé.

Louis-Ferdinand Destouches (dit Céline) (1894-1961), Voyage au bout de la nuit (1932) :

La grande défaite, en tout, c’est d’oublier, et surtout ce qui vous a fait crever, et de crever sans comprendre jamais à quel point les hommes sont vaches. »

Céline affirme ici après le traumatisme de la Première Guerre mondiale l’importance de la mémoire du vécu. En effet, l’oubli entraîne une perte de repères et de sens. La mémoire permet de garder conscience de la barbarie humaine et de son intensité. La défaite n’est pas d’ordre militaire mais psychologique et l’homme qui oublie ne peut plus savoir ce qu’il est devenu.

George Orwell (1903-1950), 1984 (1948) :

L’histoire s’est arrêtée : rien n’existe qu’un présent éternel dans lequel le Parti a toujours raison. »

George Orwell dénonce dans sa contre-utopie l’emprise de l’idéologie totalitaire sur le monde. Le « présent éternel » correspond au ciment idéologique qui entrave toute forme d’évolution et de remise en question. Le dogme de la vérité du Parti empêche le déploiement de la réflexion individuelle.

Marguerite Yourcenar (1903-1987), Mémoires d’Hadrien (1951) :

La mémoire de la plupart des hommes est un cimetière abandonné, où gisent sans honneurs des morts qu’ils ont cessé de chérir.”

L’auteur constate ici le vide fantomatique des souvenirs délaissés, qui n’entretiennent pas la survie des personnes aimées. La lettre autobiographique de l’empereur Hadrien fait justement honneur au passé en rappelant dans ses 4 parties les étapes marquantes d’une vie. L’auteur invite implicitement chacun à faire cet hommage au passé.

Daniel Pennac, (1944), La Fée carabine (1987) :

La mémoire, c’est l’imagination à l’envers. »

Le romancier indique ici comment mémoire et imagination correspondent entre elles : la mémoire se nourrit du passé, et le conserve partiellement par des images. Quant à l’imagination, elle part des images pour construire un avenir ou une réalité autre.

Tzvetan Todorov (1939-2017), Les abus de la mémoire (2004) :

La vie est perdue contre la mort, mais la mémoire gagne dans son combat contre le néant. »

La mémoire est ici envisagée comme une entité mythologique dans un combat titanesque, où elle serait garante de l’existence. L’oubli est associé au néant, à la disparition, alors que la mémoire permet de maintenir en vie le réel, en abolissant les morsures du temps.

Tzvetan Todorov (1939-2017), Les abus de la mémoire (2004) :

La mémoire littérale, souvent poussée à l’extrême, est porteuse de risques, alors que la mémoire exemplaire est potentiellement libératrice. »

Todorov distingue ici deux formes de mémoire, la première, mémoire littérale consiste à se souvenir d’un événement pour lui-même, comme quelque chose d’indépassable et d’unique. Dans ce cas, le passé en vient à servir de référence absolue au présent, et devient porteuse de risques. Inversement, la mémoire exemplaire envisage ce que j’ai vécu dans sa ressemblance avec ce que vivent les autres, et en cela elle est libératrice.

Jules Renard, (1864-1910), Journal (1907) :

J’ai une mémoire admirable, j’oublie tout. C’est d’un commode ! C’est comme si pour moi le monde se renouvelait à chaque instant. »

L’humoriste associe paradoxalement deux termes antithétiques : l’oubli est associé à la mémoire, au sens où une bonne mémoire est avant tout sélective et permet d’oublier beaucoup de choses secondaires voire inutiles. L’oubli est ici bénéfique, car il permet d’être dans le, présent et allège l’existence. La mémoire est ainsi représentés comme un fardeau qui peut déformer voire empêcher la perception du nouveau.

Louis Aragon (1897-1982), Le roman inachevé (1956) :

La lumière de la mémoire hésite devant les plaies. »

Poète de la guerre et de la souffrance, Aragon se livre dans ce recueil à une autobiographie poétique, et il témoigne par cette métaphore de la lumière de la difficulté à faire revivre la souffrance passée. Cette hésitation est d’autant plus douloureuse, que les souffrances sont encore à vif, comme le suggère le choix du mot « plaies ». Il montre ici les limites du dévoilement et la part obscure du passé qu’il est difficile de faire ressurgir.

Emil Michel Cioran (1911-1955), La mauvais démiurge (1979) :

La seule fonction de la mémoire est de nous aider à regretter. »

Le pessimisme de cette citation se trouve dans la restriction des fonctions de la mémoire au regret. La mémoire garde les bons souvenirs. Or le souvenir rappelle un passé disparu et ce décalage peut entretenir le chagrin. Mauvaise conseillère, la mémoire contribue ainsi au marasme de l’individu, et montre le présent comme inférieur au passé disparu.

Alain (Emile Chartier, dit), (1868-1951), Manuscrits inédits, :

Se souvenir, c’est sauver ses souvenirs, c’est juger ».

Le philosophe reconnaît le fait de souvenir comme un choix intellectuel de faire ressurgir à la conscience le passé, pour le sauver de l’oubli. Cela implique une part active de l’individu et un jugement qui reconnaît la validité de cette remémoration.

Maurice d’Halbwachs (1877-1945), La mémoire collective (1950) :

Le souvenir est dans une très large mesure une reconstruction du passé à l’aide de données empruntées au présent »

Maurice d’Halbwachs est un sociologue français, de l’école de Durkheim, qui est considéré comme un des précurseurs du concept d’ « histoire de la mémoire ». Il s’intéresse à la dimension collective de la mémoire, vue comme émanant d’un groupe. Les peuples colonisés se constituent ainsi une certaine mémoire commune. Il interroge ici le processus de remémoration, en montrant sa construction paradoxale, comme vecteur unificateur et identitaire du groupe actuel. Le fait de se remémorer le passé n’est pas une restitution fidèle mais une construction artificielle.

Henri Bergson (1859-1941), Matière et mémoire (1898)

C’est du présent que part l’appel auquel le souvenir répond, et c’est aux éléments sensori-moteurs de l’action présente que le souvenir emprunte la chaleur qui donne la vie. »

Le philosophe décrit ici le fonctionnement de la conscience comme un dialogue entre le présent et le passé. Celui-ci est constitutif de l’individu, et ressurgit à partir des sensations présentes. Cette mémoire spontanée part du présent. Ainsi, si le présent est bien le temps de l’action, c’est un état psychique à la fois nouveau et ancien, qui conserve son passé. Le souvenir est intimement lié à la perception présente.

Henri Bergson (1859-1941), Matière et mémoire (1898) :

Le souvenir spontané est tout de suite parfait ; le temps ne pourra rien ajouter à son image sans le dénaturer ; il conservera pour la mémoire sa place et sa date. Le souvenir de ce type de mémoire n’est pas une trace mais une présence. »

Bergson distingue cette mémoire spontanée, pure et une mémoire qui serait fondée sur l’habitude. L’événement marque d’une façon indélébile, qui garantit l’authenticité du souvenir, il n’est pas répétable comme une trace ou une inscription, mais réactualise un vécu, un état passé unique. Il s’agit bien de la véritable mémoire, désintéressée.

Edmond Goblot (1858-1935), Le système des sciences, 1922 :

Ce phénomène présent et mien est mien mais n’est pas présent ».

Le phénomène en question est la mémoire. La formule en chiasme repose sur un paradoxe, en mettant en relief la dualité de la mémoire, qui renvoie à la fois au passé et au présent. Ils sont tous deux constitutifs de l’individu, et de l’existence qui se déploie dans ces deux dimensions.

Yves Bonnefoy (1923 – 2016), Le monde de l’éducation (1999) :

La poésie est mémoire, mémoire de l’intensité perdue. »

La poésie de Bonnefoy est fondée sur la présence du sensible et son intensité occultée par le mental. Le rôle de la poésie est de rappeler ce lien essentiel de l’homme au monde, et ed lui permettre de retrouver cette vibration intense qui l’associait aux vrais lieux.

Paul Ricoeur, La Mémoire, l’histoire, l’oubli (2000) :

La mémoire est matrice de l’histoire. »

L’histoire peut corriger la mémoire et agir comme un remède, mais elle peut aussi la tuer, en figeant artificiellement ce qu’elle transmet. L’appropriation subjective par la conscience diffère de la trace historique en ce qu’elle est vivante. Un devoir de mémoire permet alors de rendre l’histoire féconde

Raymond Aron (1905-1983), Dimensions de la conscience historique (1961) :

La conscience du passé est constitutive de l’existence historique. »

L’homme essaie de comprendre qui il est, et cela ne peut se faire sans une certaine conscience historique. Pour parvenir à sa dimension historique et s’inscrire dans le mouvement de l’histoire, l’homme doit avoir une certaine conscience du passé. L’individu qui n’a pas cette conscience subit son passé, et ne peut être libre de ses décisions et de se choix.

Milan Kundera (1929) :

La mémoire ne filme pas, elle photographie. »

La mémoire est un amas hétérogène de détails parmi lesquels il faut opérer un tri. Mais face à cette discontinuité du temps, et des souvenirs, l’homme reconstitue artificiellement le fil du souvenir.

Nathalie Sarraute, Enfance (1983) :

Pourquoi vouloir faire revivre cela, sans mots qui puissent parvenir à capter, à retenir ne serait-ce qu’encore quelques instants ce qui m’est arrivé ? »

Pionnière de Nouveau Roman, Nathalie Sarraute montre dans son autobiographie les difficultés que l’on affronte quand on commence à raconter sa vie : c’est une reconstitution artificielle car la ré »alité est en deçà des mots.
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