Préparer le concours Prépa et littéraires - Recueil de citations XXe siècle : DÉSIR ET REFOULEMENT

Citations philosophiques

Sigmund Freud, L’inquiétante étrangeté et autres essais (1919)

« Les désirs insatisfaits sont les forces motrices des fantaisies, et chaque fantaisie particulière est l’accomplissement d’un désir, un correctif de la réalité non satisfaisante. »

Commentaire : Les théories de Freud sur la psychanalyse impliquent que le désir est la réalisation des fantasmes inconscients, que la réalité ne permet pas de réaliser. Dans la seconde topique, il oppose le surmoi, l’ensemble des règles et des conventions sociales qui limitent le désir et le ça, l’ensemble de pulsions qui émanent de l’individu.

Sigmund Freud, Essais de psychanalyse appliquée, (1933)

« La vie instinctive de la sexualité ne saurait être complètement domptée en nous et les processus psychiques sont en eux-mêmes inconscients, et ne deviennent accessibles et subordonnés au moi que par une perception incomplète et incertaine équivalant à affirmer que le moi n’est pas maître dans sa propre maison. »

Commentaire : La célèbre métaphore de la « maison » permet de décrire le fonctionnement du psychisme et les limites que lui impose l’inconscient. Le désir sexuel en particulier est la source des autres formes de désir et échappe au contrôle que le moi conscient pourrait tenter de lui imposer.

Marie Curie, Madame Curie, Ève Curie, (1938)

« Sans la curiosité de l’esprit, que serions-nous ? Telle est bien la beauté et la noblesse de la science : désir sans fin de repousser les frontières du savoir, de traquer les secrets de la matière et de la vie sans idée préconçue des conséquences éventuelles.

Commentaire : Marie Curie témoigne, en tant que chercheur, du désir de savoir qui a animé la recherche scientifique et notamment l’esprit positiviste, qui a idéalisé la science, et placé en elle des espoirs illimités. La curiosité est animée par le désir de pouvoir, avec l’ambition prométhéenne de maîtriser le monde extérieur par la connaissance. Marie Curie ne pose pas de limites à ce désir, ce qui ramène un enjeu éthique. Cette ambition serait ce qui fait la noblesse de l’homme, sa valeur.

Albert Camus, Le mythe de Sisyphe (1942)

« Ce monde en lui-même n’est pas raisonnable, c’est tout ce qu’on peut en dire. Mais ce qui est absurde, c’est la confrontation de cet irrationnel et de ce désir éperdu de clarté dont l’appel résonne au plus profond de l’homme. »

Commentaire : L’absurde naît de la séparation entre le monde et l’homme. L’esprit humain a besoin de poser un sens sur le monde. L’adjectif « éperdu » insiste bien sur la force irrésistible de ce besoin viscéral, que l’homme serait prêt à satisfaire à tout prix.

Jean-Paul Sartre, L’Être et le Néant (1943)

« La conscience se choisit désir. (…) Le désir est manque d’être, il est hanté en son être le plus intime par l’être dont il est désir. Ainsi témoigne-t-il de l’existence du manque dans l’être de la réalité humaine. (…) Le plaisir est la mort et l’échec du désir. (…) L’homme est fondamentalement désir d’être et le désir est manque. »

Commentaire : L’existentialisme de Sartre fait de la conscience un vide, et ainsi une tension vers quelque chose d’extérieur à elle. Reprenant la définition de Husserl selon « toute conscience est conscience de quelque chose », il fait du désir une donnée fondamentale de l’existence.

Louis Lavelle, Du temps et de l’éternité (1945)

“Le regret est l’inverse du désir, un désir qui a seulement changé de sens."

Commentaire : Le désir, c’est le siège de tous les possibles, qui sont présents au cœur de l’individu. Mais le regret participe de la même dynamique. C’est un changement de direction, d’orientation qui peut aussi être source de réalisation.

Georges Bataille, L’érotisme (1957)

“L’interdit est là pour être violé.”

Commentaire : L’interdit est ici le fondement du désir, qui est forcément transgressif, puisqu’il est par définition un excès. L’impossible fonde le possible, ce qui peut amener à une violation sans fin, ce qui est le propre de l’érotisme. LA violence, la démesure, l’excès sont des caractéristiques de ce désir sans limite, qui peut engendre l’autodestruction et la mort.

Jacques Lacan, Ecrits, ”La direction de la cure”(1966)

“Le désir inconscient est le désir de l’Autre.”

Commentaire : Post-freudien, Lacan insiste sur la soumission de notre désir à l’Autre et à son désir, qu’il devient difficile de limiter. Cela amène une tension entre d’un côté une tentative de fusion avec l’autre et d’acceptation totale, et de l’autre côté, une coupure. C’est la transgression qui permet l’expression du désir.

Gilles Deleuze, L’Anti-Œdipe. Capitalisme et schizophrénie (1972)

“ Le désir n’a pas pour objet des personnes ou des choses, mais des milieux tout entiers qu’il parcourt, des vibrations et flux de toute nature qu’il épouse, en y introduisant des coupures, des captures, désir toujours nomade et migrant dont le caractère est d’abord le gigantisme.”

Commentaire : À l’époque de la contre-culture, Deleuze valorise le désir grâce au concept de “machine désirante”, qui détruit le sujet cartésien, et fait de l’homme une machine. Dans ce passage en particulier, il détermine l’objet du désir, qui ne se réduit pas à un être mais à un environnement., un ensemble d’agencements dans lesquels se déploie l’existence de cet être. Le désir est alors conçu comme un flux d’énergie, capable de se déplacer dans des choses, des espaces et de relier des machines entre elles.

Paul Ricoeur, Philosophie de la volonté, 2017

"Le désir est l’épreuve présente du besoin comme manque et élan, prolongé par la représentation de la chose absente et l’anticipation du plaisir."

Commentaire : Le mérite de cette citation est de relier le désir et le besoin, qui est pour Ricoeur un motif vital involontaire. Il s’enracine, comme le désir dans le corps. Désirer n’est donc pas de l’ordre de la pensée, mais réunit le vouloir et l’agir. Désirer, c’est imprimer un mouvement à mon corps, c’est cet élan, motivé par l’imagination et la perspective du plaisir, moteur du désir.

Citations littéraires & artistiques

André Gide, Les Nourritures terrestres (1897)

« J’ai vu la plaine, pendant l’été, attendre ; attendre un peu de pluie. (...) Car, je te le dis en vérité, Nathanaël, chaque désir m’a plus enrichi que la possession toujours fausse de l’objet même de mon désir. »

Commentaire : le fait de désirer nourrit plus l’imagination et la sensibilité que la possession. L’homme qui désire découvre une part latente et féconde de lui-même. Paradoxalement, c’est la tension du désir qui est réelle, et la possession qui est illusoire. Le désir est donc vain dans son intention et c’est pourtant cette intention qui nourrit l’esprit. Dans la nature, la vie est sans cesse désir, attente de nourriture, et cette attente humble et patiente a une dimension spirituelle.

Wassily Kandinsky, Du spirituel dans l’art et dans la peinture en particulier (1911)

« Le bleu profond attire l’homme vers l’infini, il éveille en lui le désir de pureté et une soif de surnaturel. C’est la couleur du ciel tel qu’il nous apparaît dès que nous entendons le mot ciel. »

Commentaire : l’interprétation que Kandinsky fait ici de la couleur bleue indique le besoin d’idéal que ressent l’homme. Il s’agit d’un désir spirituel, une soif d’absolu, comme une couleur présente en nous et associée au ciel.

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, La Prisonnière (1919)

« Les rêves ne sont pas réalisables, nous le savons ; nous n’en formerions peut-être pas sans le désir, et il est utile d’en former pour les voir échouer et que leur échec instruise. »

Commentaire : Le romancier fait du désir la fabrique des rêves. Ni la réalisation ni la réussite du rêve ne comptent : le rêve vaut par l’expérience qu’il fait naître, et l’instruction que l’homme est capable d’en retirer. Il donne ainsi une part de sagesse en dépit de l’apparente folie dont il prend la forme.

Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, Albertine disparue (1919)

« Le désir est bien fort, il engendre la croyance. (…) Nous n’arrivons pas à changer les choses suivant notre désir, mais peu à peu notre désir change. »

Commentaire : le narrateur de la Recherche donne ici deux aspects opposés du désir : d’un côté, il motive l’action et l’adhésion aux valeurs, d’un autre côté, il reste fragile, individuel devant la puissance du monde extérieur et des événements. Il correspond ainsi à une lente et variable adaptation entre le monde et soi.

Guillaume Apollinaire, Calligrammes (1918), « Ondes, Les Collines »

La grande force est le désir
Et viens que je te baise au front
O légère comme une flamme
Dont tu as toute la souffrance
Toute l’ardeur et tout l’éclat.

Commentaire : Le poète fait du désir amoureux la force essentielle de l’homme. Le désir de possession s’exprime ici dans la métaphore du feu qui transporte le sujet désirant autant qu’il inonde l’objet désiré. C’est un attribut divin qui transcende l’humain.

Paul Claudel, Positions et propositions (1928-1934)

« Même l’intelligence ne fonctionne pleinement que sous l’impulsion du désir.”

Commentaire : Le poète reconnaît la puissance du désir qui embrasse toutes les facultés humaines. Au lieu de le ramener à une dimension physique, il rappelle ici sa dimension intellectuelle. Le désir est à l’œuvre dans toute forme de création, y compris la création littéraire.

André Breton, L’Amour fou (1937)

« Le désir, seul ressort du monde, le désir, seule rigueur que l’homme ait à connaître. »

Commentaire : Ami du désir, André Breton en fait ici le fondement de la vie, de l’action et du mouvement. Paradoxalement, l’homme ne trouve pas dans la raison sa spécificité et son origine, mais dans le désir qui est commun à l’ensemble des êtres. Le terme de rigueur appliqué au désir montre que le désir a ses lois, et que l’homme doit s’y plier au lieu de les combattre par sa raison.

Paul Valéry, « Inscriptions sur le fronton du Palais de Chaillot à Paris »

« Il dépend de celui qui passe
Que je sois tombe ou trésor
Que je parle ou me taise
Ceci ne tient qu’à toi
Ami n’entre pas sans désir »

Commentaire : Le désir anime l’objet désiré, le fait exister. Le lecteur ou le spectateur de l’œuvre d’art par son désir de découvrir, de connaître, fait exister l’œuvre, et l’appréciation qu’il porte sur elle la rendra telle ou telle. L’œuvre n’a donc pas de signification unique ni de valeur absolue. Tout est relatif et dépend du regard porté sur elle.

Paul Valéry, Cahiers (1894-1945)

« Le désir d’originalité est le père de toutes les imitations. Rien de plus original, rien de plus soi que de se nourrir des autres. Mais il faut les digérer. Le lion est fait de moutons assimilés. »

Commentaire : Paul Valéry mentionne ici un paradoxe du désir. D’un côté, l’homme tend à extérioriser ce qui vient de lui, de sa nature propre, ce qui fait sa spécificité et qu’il appelle l’originalité, d’un autre côté, il trouve dans l’imitation de ce qu’il trouve autour de lui une manière de nourrir le potentiel qu’il y a en lui. Désirer être soi passe par l’altérité.

Stefan Zweig, Le joueur d’échecs (1943)

« La joie que j’avais à jouer était devenue un désir violent, le désir une contrainte, une manie, une fureur frénétique qui envahissait mes jours et mes nuits. »

Commentaire : Le témoignage du héros champion d’échecs révèle la dimension obsessionnelle du désir, capable par son intensité d’asservir l’homme. La transformation de la joie en folie irrationnelle correspond à, cette capacité présente en l’homme.

Antoine de Saint-Exupéry, Un Sens à la Vie (1956)

« Un homme, dans son grenier, s’il nourrit un désir assez fort, communique de son grenier le feu au monde. »
Commentaire : Le désir est associé au feu, et rappelle le mythe de Prométhée, où le Titan a désiré si fort doter l’homme de qualités qu’il les a dérobées aux dieux au prix du châtiment infligé par Zeus. L’intensité du désir de l’homme peut animer voire changer le monde matériel, par l’action qu’il va exercer sur lui.

Roland Barthes, Fragments d’un discours amoureux (1977)

« Le langage est une peau : je frotte mon langage contre l’autre. Comme si j’avais des mots en guise de doigts, ou des doigts au bout de mes mots. Mon langage tremble de désir ».

Commentaire : Barthes érotise le langage pour indiquer la matérialité sensuelle des mots que l’on utilise. Le désir ne s’exprime pas à, travers l’instrument de la langue, il est la langue elle-même, en quoi tout est désir. Désir d’expression, de signification ? L’expression s’enracine dans le corps, autant que dans le mental.

Marcel Jouhandeau, Le portrait de Don Juan (posthume, 1981)

“ Le désir, c’est l’infini dans un battement de cœur.”
Commentaire : Cet oxymore représente le paradoxe du désir, en associant son intensité et l’espoir qui l’accompagne avec la fragilité et la brièveté de sa manifestation. L’image a aussi le mérite de souligner la dimension physiologique, corporelle du désir, et le lien qu’il entretient avec la vie.
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