Antiquité Gréco-romaine :
IMAGE ET VÉRITÉ
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Afin de compléter les annales que vous pouvez consulter à tout moment depuis la rubrique SE PRÉPARER, nous vous proposons un recueil de citations qui complétera vos cours pour l’épreuve de culture générale sur le thème Juger.
Ce recueil de citations ne présume en rien des sujets du concours 2026 à venir.
Antiquité : 14 citations
La Bible, Le livre des Rois
« Tout Israël apprit le jugement que le roi avait prononcé. Et l’on craignit le roi, car on vit que la sagesse de Dieu était en lui pour le diriger dans ses jugements. »
Commentaire : Le Jugement de Salomon est un passage célèbre du Livre des Rois et un exemple de la manière de juger avec justice. Le succès du jugement de Salomon vient de la ruse du roi, qui a proposé de couper l’enfant en deux, pour faire réagir la véritable mère. Cela indique que juger est un art, qui relève d’un savoir-faire, voire d’une ruse et non de l’application mécanique d’une procédure égalitaire.
La Bible, Le Livre des Proverbes
« Tout homme est jugé d’après sa bonne ou mauvaise renommée »
Commentaire : Cette assertion est intéressante à un double titre. Tout d’abord, elle montre bien la place de la valeur dans le jugement, par rapport à une morale établie, manichéenne, qui oppose de bien et le mal, comme le veut la tradition judéo-chrétienne. Ensuite, elle montre que le jugement occupe une place universelle dans toute communauté humaine, et que le critère du jugement est non pas intérieur à chacun, émanant de sa raison ou de sa lucidité, mais extérieur. Chacun se fait une idée de la personne en question selon la rumeur, donc de jugements qui peuvent être faussés ou déformés par la subjectivité de chacun.
La Bible, Evangile selon Saint Matthieu
« A l’époque de la moisson, je dirai aux moissonneurs : arrachez d’abord l’ivraie, et liez-la en gerbes pour la brûler, mais amassez le blé dans mon grenier. »
Commentaire : Cette parabole explicite le processus de tri inhérent au jugement. Elle montre aussi que la patience est une vertu. Il est préférable d’attendre la moisson pour trier. Ainsi, un jugement hâtif risque d’avoir des conséquences négatives, en en permettant pas cette séparation entre le bon grain et l’ivraie. Un jugement réfléchi est donc préférable.
Goswami Kriyananda, Les Purânas
« Garde-toi de juger autrui si tu ne souhaites être jugé toi-même. »
Commentaire : Ce conseil de sagesse hindoue fait comprendre implicitement la puissance et donc le danger du jugement. Celui qui juge a un statut supérieur par rapport à celui qui est jugé. Il faut se méfier de ce pouvoir, car ce jugement a des conséquences et celui qui juge est responsable de son acte. Le rapport de forces mis en place par le jugement peut se renverser. Cela rappelle exactement le Sermon sur la montagne, dans la Bible : « Ne jugez point afin que vous ne soyez point jugés. »
Platon, Apologie de Socrate, – IVe siècle
« Je vous conjure (…) de me laisser maître de la forme de mon discours, bonne ou mauvaise, et de considérer seulement si ce que je dis est juste ou non : c’est en cela que consiste toute la vertu du juge, celle de l’orateur est de dire la vérité. »
Commentaire : Socrate, accusé de corrompre la jeunesse, d’être impie et d’introduire des divinités nouvelles, se défend devant ses juges. Il fait appel ici au discernement du juge, en l’invitant à ne pas se laisser influencer par la rhétorique du discours, mais en restant uniquement attentif à la justesse du propos. Ce qui est juste est conforme aux lois, c’est à elles que le juge doit se référer.
Platon, Phédon, – IVe siècle
« Rhadamanthe jugera les hommes de l’Asie, Eaque ceux de l’Europe, quant à Minos, je lui laisse le privilège de prononcer en dernier ressort. »
Commentaire : Socrate reprend la mythologie antique pour rappeler qui sont les trois juges des Enfers. Il oppose ces véritables juges aux juges humains qui peuvent être abusés par les apparences extérieures, et faire des erreurs de jugement. La répartition géographique présentés ici souligne bien que toute vie humaine est sujette au jugement et que personne ne peut y échapper. Ce thème est commun avec la mythologie égyptienne et la pesée du cœur du mort.
Aristote, Ethique à Nicomaque, -IVe siècle
« La justice politique est de deux espèces : l’une naturelle et l’autre légale. »
Commentaire : Aristote distingue ici deux formes de justice. La première est la justice conforme à la nature, d’où est issue la notion d’un droit naturel, immuable, qui vient du fait que la société politique elle-même est naturelle, et que l’homme s’y réalise. La seconde est variable en ce qu’elle repose sur des lois et des conventions qui dépendent de chaque cité ou de chaque culture. Elle est relative au groupe social.
Cicéron, Des lois, 1er siècle
« Ce qu’il y a de plus insensé, c’est de croire que tout ce qui est réglé par les institutions ou les lois des peuples est juste. »
Commentaire : Cicéron a tout fait pour préserver la justice au sein des crises de la république romaine. Il s’insurge ici avec force sur la prétention de la justice légale à détenir le critère de distinction entre le juste et l’injuste. C’est la nature qui le détient, et non une justice relative, soumise à l’imperfection des conventions. Par nature, il faut comprendre ici la rature raisonnable de l’homme, qui est universelle et conforme à l’ordre du monde.
Sénèque, Lettres à Lucilius, 1er siècle
« Il est plus facile de juger les autres que de se juger soi-même. »
Commentaire : Philosophe stoïcien, Sénèque se méfie du jugement porté sur autrui. En effet, celui-ci est souvent trop hâtif ou passionné et ainsi éloigné de la réalité objective. Le jugement réflexif sur soi en revanche est une vertu, car il amène la lucidité. Mais il est plus inconfortable, car chacun a tendance à voir ses qualités plutôt que ses défauts. Voilà pourquoi c’est exigeant et difficile d’avoir un regard juste sur soi-même.
Sénèque, La Vie heureuse, 1er siècle
« Heureux celui qui possède la rectitude du jugement. »
Commentaire : Sénèque, en tant que philosophe stoïcien, fait une définition du bonheur à partir de la lucidité, de la clairvoyance, qui permet de formuler un jugement droit, et donc d’être raisonné et vertueux. La vertu et la raison sont indispensables au bonheur et incompatibles avec l’erreur ou le préjugé, associés aux passions qui enlèvent à l’homme le contrôle de soi et dévient son jugement.
