L'Époque moderne (XVIe-XVIIIe siècles) : Aimer - Ecricome

Recueil de citations

L’Époque moderne : AIMER

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Afin de compléter les annales que vous pouvez consulter à tout moment depuis la rubrique SE PREPARER, nous vous proposons un recueil de citations qui complétera vos cours pour l’épreuve de culture générale sur le thème d’aimer.

Ce recueil de citations ne présume en rien des sujets du concours 2022 à venir.

Montaigne (1533-1592), Les Essais, 1585

« Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne peut s’exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui, parce que c’était moi. »

Commentaire : L’amitié de Montaigne pour Étienne de la Boétie est restée un exemple célèbre de l’amitié profonde et réciproque. Ce sentiment correspond au terme grec de philia, et est une forme d’amour, au sens où il reste incompréhensible et irrationnel. C’est le sens de cette formule à la fois creuse car elle ne donne pas de raison, et pleine parce qu’elle dit tout.

Baruch Spinoza (1632-1677), Éthique, 1677.

« L’amour est la joie accompagnée d’une cause extérieure. »

Commentaire : La joie est un mot central de la philosophie de Spinoza. Elle est en accord avec ce désir de persévérer dans son être, qu’il nomme « conatus ». L’amour a ceci de particulier qu’il est motivé par une cause extérieure qui le provoque. De même que Cupidon touche avec ses flèches le cœur de celui qui tombe amoureux, de même un élément extérieur agit sur celui qui éprouve de l’amour. La naissance du sentiment a donc ici une explication rationnelle.

Blaise Pascal (1623 – 1662), Pensées, 1669. (Ouvrage publié à titre posthume).

« Le cœur a ses raisons que la raison ne connaît pas. »

Commentaire : Cette phrase ne signifie pas que les sentiments irrationnels de l’homme ne peuvent s’expliquer par la raison. En réalité, Pascal parle ici de la connaissance de Dieu. Pour lui, il y a deux voies d’accès à la connaissance : le cœur et l’esprit. Le cœur, du latin caritas est une faculté étroitement liée au corps qui nous donne une « intuition » des choses. Quant à l’esprit, la raison, il analyse les causes des choses. Selon Pascal, c’est par le cœur qu’on rejoint les vérités religieuses, et non par la raison.

Jean de la Bruyère (1645-1696), Caractères (1688)

« L’ on n’aime bien qu’une seule fois, c’est la première ; les amours qui suivent sont moins involontaires. »

Commentaire : Grand analyste du cœur humain, La Bruyère constat ici la puissance du premier amour. C’est lui qui est vraiment incontrôlable et irrationnel, car l’homme le vit sans le connaître, il l’éprouve sans le comprendre. Par la suite, l’amour peut être compris, interprété, réduit par la raison et l’analyse. Il peut même être décidé, voulu, perdant ainsi son originalité et son irrationalité.

Jean de la Bruyère (1645-1696), Caractères (1688)

« L’amour et l’amitié s’excluent l’un à l’autre. »

Commentaire : Le moraliste oppose ici deux sentiments que l’on peut rapprocher, par le lien affectif qu’ils constituent. Mais l’amour se vit sur un mode différent de l’amitié ; car en amour plusieurs sentiments et émotions peuvent entrer en jeu, et lui enlever la sérénité de l’amitié : la séduction, la rivalité, la passion, la domination, la soumission, bref un rapport de force et non une unité.

Jean de La Fontaine (1621-1695), Fables, IV, « Le lion amoureux » (1668)

« Amour, amour, quand tu nous tiens, On peut bien dire « Adieu Prudence. »

Commentaire : Le moraliste oppose ici deux sentiments que l’on peut rapprocher, par le lien affectif qu’ils constituent. Mais l’amour se vit sur un mode différent de l’amitié ; car en amour plusieurs sentiments et émotions peuvent entrer en jeu, et lui enlever la sérénité de l’amitié : la séduction, la rivalité, la passion, la domination, la soumission, bref un rapport de force et non une unité.

Jean Racine (1639-1699), Britannicus (1757)

« L’amour, toujours, n’attend pas la raison. »

Commentaire : Dramaturge de la passion amoureuse, Racine fait du conflit entre la raison et la passion l’enjeu de ses grandes tragédies. Cette citation laconique au présent de vérité générale résume le conflit traditionnel entre raison et passion et la force du sentiment qui dépasse les limites de la raison.

Voltaire (1694-1778), Micromégas (1752)

« Vous devez passer votre vie à aimer et à penser : c’est la véritable vie des esprits. »

Commentaire : La raison et l’amour sont les deux grandes occupations de l’esprit humain au Siècle des lumières. La passion, proscrite à l’époux classique, se trouve réhabilitée et associée à la vie quotidienne. L’amour n’est pus seulement une passion incontrôlable, mais une affection qui prend l’appellation de « sentiment », qui deviendra un maître mot de la deuxième partie du siècle et annoncera le romantisme.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), Les Confessions (1782)

« Dévoré du besoin d’aimer, sans jamais l’avoir pu bien satisfaire, je me voyais atteindre aux portes de la vieillesse, et mourir sans avoir vécu. »

Commentaire : Mélancolique et nostalgique, Rousseau fait figure de préromantique dans cet aveu. L’intérêt de la vie est associé à l’amour. Il ressent son intensité et en témoigne avec regret dans son autobiographie. Il marque ainsi combien il se sent en décalage par rapport à ses contemporains.

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778), La Nouvelle Héloïse, « Préface ou Entretien sur les romans » (1761)

« L’amour n’est qu’illusion ; il se fait, pour ainsi dire, un autre univers ; il s’entoure d’objets qui ne sont point, ou auxquels lui seul a donné l’être, et comme il rend tous ces sentiments en images, son langage est toujours figuré. »

Commentaire : Ce roman épistolaire parle d’amour. Il le vit et le décrit dans toute sa complexité. L’intérêt de cette citation est d’associer l’amour et l’imagination. Rousseau montre l’amour comme une facette de l’esprit humain qui déforme le réel systématiquement.

Denis Diderot (1713 – 1784), Opinions des anciens philosophes (1769)

« Aimer, c’est se réjouir du bonheur d’un autre, ou faire de sa félicité une partie de la sienne. »

Commentaire : Le verbe aimer correspond à la fois à l’amitié et à l’amour. Les deux sentiments se rejoignent dans un sentiment large de philanthropie, associé au sentiment de bonheur. Être heureux quand l’autre est heureux écarte toute forme de jalousie et permet une réelle fraternité. Le bonheur a ceci de particulier qu’il peut se communiquer et se partager

Denis Sidéraux (1713 – 1784), Lettres à Sophie Vollant (1784)

« Nous savons haïr mais nous ne savons pas aimer. »

Commentaire : Ce constat désabusé correspond bien à l’épreuve des faits : l’homme, être de passion, est naturellement porté à lutter contre l’autre pour préserver sa sécurité. L’amour est un sentiment qu’il peut développer par sa raison et sa morale pour lutter contre ses passions dévastatrices et prédatrices.

Emmanuel Kant (1724-1804), Leçons d’Éthique (1997)

« Nous aimons ce qui nous procure un avantage ; nous respectons ce qui a une valeur en soir. »

Commentaire : Kant, philosophe de la morale, se méfie de l’amour, bien inférieur selon lui à la morale. L’amour peut amener l’homme à l’immoralité. Le respect, sentiment moral s’oppose ici au profit, recherche d’un bénéfice sans souci de moralité. Or l’amour est guidé par ce profit, il n’est pas désintéressé, mais s’inscrit dans une logique amorale.

Pierre Choderlos de Laclos (1741-1803), Les liaisons dangereuses (1782)

« L’amour abrutit ceux qu’il domine. »

Commentaire : Le roman épistolaire de Laclos décrit les rapports de domination et de manipulation par le biais de la séduction amoureuse dans la noblesse de l’époque. Le sentiment amoureux est utilisé pour servir le pouvoir sur autrui. Il n’est pas valorisé en tant que tel. Cette citation le décrit comme une force irrationnelle qui empêche l’homme de bien user de sa raison et de ses calculs.

Sade (1740-1814), Justine (1791)

« C’est une chose très différente que d’aimer et de jouir : la preuve en est qu’on aime tous les jours sans jouir, et qu’on jouit encore plus souvent sans aimer. »

Commentaire : Apôtre de la jouissance physique, le marquis de Sade fait une séparation nette entre le sentiment et la jouissance du corps. Le libertinage du XVIIIe siècle cherche à libérer le corps asservi par la raison en utilisant la raison pour trouver des moyens de jouir et de pouvoir être heureux.

François-Joachim de Pierre de Bernis (1715-1794), Le petit livre sur l’amour (1856)

« Aimer, c’est prendre l’esprit de sa maîtresse et penser d’après elle ; c’est voir par ses yeux, sentir par son cœur ; en un mot, aimer c’est changer de naturel et devenir tout ce qu’elle est. »

Commentaire : Dans cet opuscule, l’auteur décrit l’union des âmes, et la fusion de l’homme et de la femme. Mais il décrit et en particulier le changement d’état d’esprit que l’amour entraîne chez les hommes amoureux. L’amour élève l’homme et l’amène à ressentir la sensibilité féminine.